Le Japon est le seul pays à avoir subi deux bombardements atomiques, les 6 et 9 août 1945, à Hiroshima et à Nagasaki. Le nombre des victimes serait de plus de 200 000 selon des sources américaines. Après l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 et près de quatre années d’un conflit particulièrement difficile et humiliant pour la puissance américaine, les États-Unis ont décidé d’utiliser deux versions de la bombe atomique, Little Boy et Fatman, opérationnelles depuis quelques semaines, pour démontrer leur détermination à aller jusqu’à la destruction totale du Japon.

Le bombardement d’Hiroshima – qui s’inscrit dans la stratégie américaine des bombardements massifs destinés à terroriser les populations civiles comme à Tokyo ou à Dresde – avait pour objectif d’imposer une reddition sans conditions refusée par les factions les plus radicales de l’état-major nippon après la conférence de Postdam1, sans avoir obtenu de garantie préalable sur le maintien du système impérial. Les autorités japonaises céderont le 14 août 1945, après l’entrée en guerre de l’URSS, au lendemain du premier bombardement atomique, avec un discours de l’empereur Showa (Hiro-Hito) appelant à « accepter l’inacceptable », c’est-à-dire la défaite. Le discours mentionne « l’arme nouvelle et particulièrement cruelle » utilisée par l’ennemi, « menaçant la survie du Japon et de l’humanité ».

Dans la psyché collective, la bombe atomique a également permis au Japon d’être vaincu sans humiliation, et de revendiquer un statut de victime qui facilitera le renversement d’alliance aux côtés des États-Unis à partir de la guerre de Corée (1950-1953). Soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements atomiques et le symbole d’Hiroshima, ville martyre – élaboré dans le contexte de la guerre froide et des mouvements pour la paix soutenus par l’URSS –, continue de peser sur la vie politique japonaise. Ainsi, toute révision de la Constitution allant dans le sens d’une « remilitarisation » fait l’objet d’une opposition significative dans la population. Surtout, bien que le Japon soit devenu – jusqu’à l’accident de Fukushima – une puissance nucléaire civile majeure, le tabou du nucléaire militaire et de la dissuasion demeure très puissant. Depuis les années 1960, le Japon a adopté trois principes « non nucléaires » qui lui interdisent de « produire, introduire ou posséder » des armes nucléaires.


1. La conférence de Postdam s’est tenue du 17 juillet au 2 août 1945.