Japon Samouraï : tout sur le Japon

Après avoir, comme la Chine aujourd’hui, suscité fascination et craintes dans les années 1980, le Japon est souvent présenté désormais comme un modèle en déclin, le revers de la médaille du miracle asiatique. Les Japonais eux-mêmes nourrissent cette analyse en cédant souvent au sentiment de la fin, de l’impermanence des choses, lié à une nature très instable qui peut détruire en quelques minutes tous les biens matériels.

Les films catastrophe, prévoyant l’engloutissement du territoire dans un tremblement de terme ultime, reflètent cet état d’esprit. Les projets de déplacement de la capitale, Tokyo, attendent avec fatalisme le séisme qui pourrait la détruire dans le courant des trente prochaines années.

De même, dans un pays hyperdéveloppé, où une jeunesse très protégée ne connaît pas le chômage et échappe aux comportements les plus à risque qui minent les pays occidentaux, les jeunes Japonais se classent parmi les moins heureux du monde, selon un sondage publié en 2019.

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Croissance démographique

Les défis à relever par le Japon

Le Japon est confronté à de nombreux défis : une croissance économique stagnante ou faible depuis plusieurs décennies. Une forte densité héritée du boom de la natalité des années d’après-guerre, associée à un taux de natalité désormais trop bas, qui entraîne un vieillissement accéléré de la population.

Les lourdeurs bureaucratiques et un respect tyrannique de la hiérarchie freinent les adaptations nécessaires et la créativité. L’organisation sociale et les mentalités continuent d’être peu favorables aux femmes qui souhaitent mener une vraie carrière ou aux jeunes qui font preuve d’initiatives. La recherche de l’entre-soi contraste avec les évolutions rapides d’un monde globalisé et de plus en plus « pluriel ».

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Croissance économique

L’économie Japonaise

Le Japon conserve une remarquable attractivité, une « efficacité » et une véritable capacité de résilience. Ni l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, ni le tremblement de terre du Tohoku en 2011, malgré la catastrophe nucléaire qui s’en est suivie, n’ont su détruire cette résilience héritée de siècles de confrontations avec un environnement particulièrement hostile.

Quant à la société, malgré le vieillissement, elle fait preuve d’une vraie capacité d’innovation, y compris pour prendre en charge d’une manière pragmatique et originale ces défis auxquels le Japon, comme toutes les sociétés matures, est confronté. Premier État développé à subir massivement le phénomène du vieillissement, celui-ci se veut pionnier en la matière, inventant sans tabous de nouvelles formes de prises en charge pour un segment de la population par ailleurs particulièrement dynamique. Le caractère redistributif du système économique japonais continue de fonctionner, en dépit des tensions démographiques, et la fracture sociale y est bien moindre qu’en Occident. Alors qu’aux États-Unis 28 % de la population détient des avoirs inférieurs à 10 000 dollars, ce taux n’est que de 9 % au Japon. Cette capacité de redistribution – doublée d’une insularité perçue comme protectrice – limite la montée des populismes qui frappe les sociétés occidentales développées. Au Japon, l’idéal d’une société de classes moyennes est une réalité qui persiste malgré les années de stagnation que le pays a connues.

La remarquable capacité d’innovation japonaise s’appuie aussi sur un sens esthétique et de la perfection que l’on ne retrouve dans aucune autre société asiatique, en dépit d’éléments culturels communs. Le Japon, au XXIe siècle, demeure ainsi profondément « différent », et c’est aussi ce qui renforce son attractivité et son soft power reconnu en Occident comme en Asie, y compris dans des pays qui ont souffert de la colonisation et de la guerre.

Au niveau économique, en tant que force de frappe financière, le Japon est toujours un acteur important, premier ou second à quasi-égalité avec la Chine selon les années, détenteur de bons du Trésor américain, acteur majeur au sein de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de développement (BAD) comme au Fonds monétaire international (FMI).

Qui sommes-nous ?

Ce site internet a pour objet d’offrir les clés de compréhension, historiques, culturelles, sociales, économiques, politiques et stratégiques du modèle japonais, de ses limites, de ses spécificités, mais aussi de tous les éléments qui interdisent de considérer le Japon comme une puissance sans avenir et une entité sans influence dans le monde contemporain.

Le paradoxe Japonais

Japon traditionnel et Japon moderne

Le Japon reste réticent devant les prises de responsabilité et la confrontation avec un monde extérieur complexe. Le pays a du mal à faire accepter la légitimité de son statut de puissance « normale », soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au Japon même, les débats sur les questions de défense – alors que la situation stratégique dans l’environnement immédiat de l’archipel est particulièrement instable –, sur la révision de la Constitution et les questions mémorielles ne sont pas résolus et sont loin de faire l’unanimité. Pourtant, face à une Chine qui inquiète la quasi-totalité de ses voisins, notamment en Asie du Sud-Est, l’ambition qu’a le Japon de revenir sur la scène internationale est mieux comprise. Et les attentes de la majorité des pays de la région à son égard, y compris en matière de défense et de sécurité, se sont renforcées.

Le Japon est également un acteur de plus en plus décomplexé au-delà de sa propre zone, en Afrique notamment, ou en Amérique latine, où il concurrence la puissance chinoise. Il intervient également dans le sous-continent indien et en Asie centrale, où il tente d’offrir une alternative aux projets chinois d’investissements massifs liés aux routes de la soie. Il affirme aujourd’hui avec force son adhésion au système international libéral et démocratique, fondé sur des valeurs qu’il partage avec les grandes puissances occidentales, dont l’Union européenne, et avec l’Inde.

Le Japon agit encore trop souvent comme s’il était fermé, inaccessible aux regards et au jugement extérieurs. Si le processus démocratique y est presque aussi ancien que celui de certaines puissances européennes comme l’Allemagne, sa diplomatie semble parfois tentée par le modèle en apparence plus « efficace » de certains régimes autoritaires, pesant sur l’image internationale de l’archipel. Le phénomène est accentué par la crainte paradoxale de l’engagement et de la prise de risque. La puissance de séduction du Japon est néanmoins particulièrement forte dans l’opinion publique, en Asie comme en Europe et aux États-Unis, initiée par la société civile, et ce, en dehors de tout initiative officielle.

Le modèle japonais – et c’est l’une de ses grandes forces – se caractérise aussi par la cohabitation d’un passé préservé, qui imprègne la vie quotidienne, et une « hypermodernité » qui nourrit les fantasmes les plus négatifs.

Pour ses voisins, le pays a longtemps été un modèle, depuis l’ère Meiji (1868-1912), avant de servir de repoussoir avant et même, pour certains régimes, après la Seconde Guerre mondiale. Le Japon était moderne sans être totalement occidental, occidentalisé sans perdre sa spécificité, porteur d’un nationalisme asiatique qui cherchait à s’affirmer face aux puissances coloniales, avant de détruire en partie ces illusions avec les excès du régime militariste. En effet, nombre des dirigeants de la nouvelle Asie d’après guerre, de l’Asie du Sud-Est à la Corée du Sud, ont été formés au Japon ou ont servi ses intérêts pendant la guerre.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la nature des régimes politiques joue un rôle dans cette acceptation – ou non – du modèle japonais en Asie. La Chine communiste le rejette officiellement, mais suit son modèle de développement et plus encore l’idéologie qui a présidé à l’émergence d’un Japon « puissant et riche » à la fin du XIXe siècle. Pour d’autres, c’est le soft power japonais, à la pointe du design, de la musique, des mangas et des anime, qui séduit et nourrit une industrie nationale reprenant les mêmes codes, comme en Corée du Sud.

En Occident, et notamment en France, où pourtant la condescendance n’est jamais loin, entretenue par un éloignement géographique et une méconnaissance des réalités contemporaines, le Japon pourrait être reconnu comme un modèle social pertinent en dépit de ses limites apparentes.

Soumis à des tensions démographiques fortes, le Japon se tourne sans tabous vers de nouveaux horizons, de l’utilisation des robots domestiques – après les robots industriels – à l’exploitation des niches de consommation de plus en plus larges que représentent les personnes âgées qui ont vécu parfois activement les années contestataires de la décennie 1960-1970.

Le Japon est aussi devenu un modèle en matière de prise en compte de l’environnement et de l’utilisation raisonnée des ressources naturelles. Tokyo, une agglomération de plus de 38 millions d’habitants, est bien moins pollué que Paris et les transports en commun y sont ultraperformants. Alors que l’économie japonaise est régulièrement présentée comme en récession, la société continue de fonctionner, des transports aux services qui n’ont pas (encore ?) déserté les villages les plus éloignés, même si la dépopulation des campagnes est une réalité. Si la justice peut sembler sévère et le conformisme social pesant, le taux de criminalité très bas contribue à l’efficience du système japonais et au bien-être global de la population.

Mais ce modèle efficace fait aussi face à des défis qui pèsent sur sa reconnaissance. L’insularité limite encore trop souvent les capacités de communication de l’archipel, ou transforme en slogans creux des initiatives qui se veulent ouvertes et positives, comme la stratégie d’empowerment des femmes (womenomics) prônée par le Premier ministre Shinzo Abe depuis 2012.

De même, le principe de séniorité entre « aînés » (先輩, senpai) et « cadets » (後輩, kôhai), l’attachement aux formes et le conformisme limitent trop souvent les carrières des personnalités les plus brillantes et les plus ouvertes, qui, parfois éduquées à l’étranger, ont du mal à être reconnues. La place des femmes, en dépit des discours et d’une législation en progrès, demeure limitée et les mentalités évoluent lentement. Certains responsables politiques au plus haut niveau de l’État n’hésitent pas à proférer des remarques d’autant plus inacceptables qu’elles sont désormais relayées par les réseaux sociaux, au Japon comme à l’étranger, contribuant à créer une image exagérément rétrograde de la société. Quant aux jeunes, ils voient leur carrière et leurs initiatives freinées par le respect des règles d’ancienneté. L’internationalisation des mentalités, essentielle dans un monde globalisé, fait encore l’objet de soupçons de la part de décisionnaires dont l’âge moyen est supérieur à soixante ans.

Le modèle japonais est donc complexe, projeté vers l’avenir et tourné vers le passé, moderne et profondément traditionnel, autosatisfait et inquiet, prêt à accepter les innovations venues de l’extérieur et peu doué pour intégrer l’étranger, investisseur ou migrant. L’insularité d’une bureaucratie longtemps protégée de toutes attentes extérieures pèse sur la capacité du pays à comprendre la globalisation et à en tirer le meilleur parti. Pourtant, comparé à nos sociétés profondément éclatées, soumises à de graves tensions sociales et politiques, ou à des régimes autoritaires où le contrôle politique et la manipulation de l’information se renforcent, le modèle japonais ne peut être rejeté sans réflexion, au nom d’une vision trop distante qui servirait notre bonne conscience.

Le Japon de 405 à 2022

Chronologie du Japon

  • 405 : début de l’écriture, introduction des caractères chinois.
  • 530-550 : introduction du bouddhisme.
  • 600 : première ambassade officielle vers la Chine.
  • 1191 : introduction du bouddhisme zen.
  • 1274 et 1281 : échec de deux invasions mongoles.
  • 1571 : ouverture de Nagasaki au commerce avec l’Europe.
  • 1600 : bataille de Sekigahara, fin des luttes féodales et début de l’ère Edo.
  • 1603 : Ieyasu Tokugawa devient le premier shôgun de l’ère Edo.
  • 1622 : persécution des chrétiens.
  • 1636 : décret interdisant aux Japonais de quitter l’archipel.
  • 1639 : expulsion des Portugais ; les Hollandais voient leur présence limitée à l’île de Dejima, au large de Nagasaki.
  • 1641-1853 : période de fermeture du pays.
  • 1853 : arrivée des « vaisseaux noirs » américains du commodore Perry qui impose l’ouverture du Japon.
  • 1855 : traité de Shimoda avec la Russie qui fixe la frontière au nord de l’île de Etorofu.
  • 1867 : abdication du dernier shôgun.
  • 1868 : restauration Meiji, Edo devient la capitale sous le nom de Tokyo.
  • 1889 : Première Constitution japonaise.
  • 1894-1895 : première guerre sino-japonaise, Taïwan devient une colonie du Japon.
  • 1904-1905 : guerre russo-japonaise et victoire du Japon qui occupe l’ensemble des îles Kouriles et le sud de l’île de Sakhaline.
  • 1910 : annexion de la Corée.
  • 1919 : le Japon est signataire du traité de Versailles. Création de la SDN et rejet de la clause d’égalité des races demandée par Tokyo.
Le Japon et ses colonies en 1920
Le Japon et ses colonies en 1920
  • 1923 : tremblement de terre du Kantô qui détruit Tokyo.
  • 1927 : première ligne de métro à Tokyo.
  • 1932 : création du Mandchoukouo sous contrôle du Japon.
  • 1933 : le Japon quitte la SDN.
  • 1936 : pacte anti-Komintern signé avec l’Allemagne.
  • 7 juillet 1937 : incident du pont Marco-Polo et début de la guerre avec la Chine.
  • 1940 : le pacte anti-Komintern devient le pacte tripartite réunissant les puissances de l’Axe : Allemagne, Japon et Italie.
  • 1941 : pacte de neutralité avec la Russie.
  • 7 décembre 1941 : attaque de Pearl Harbor.
L'expansion japonaise en 1942
L’expansion japonaise en 1942
  • 6 et 9 août 1945 : bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki.
  • 8 août 1945 : l’URSS rompt le pacte de neutralité et déclare la guerre contre le Japon. L’ensemble des îles Kouryles sont occupées par les forces soviétiques.
  • 1946-1948 : tribunal de Tokyo.
  • 1946 : premières élections générales d’après guerre, le droit de vote est accordé aux femmes.
  • 1947 : entrée en vigueur de la nouvelle Constitution.
  • 1951 : traité de San Francisco et accord de sécurité avec les États-Unis.
  • 1952 : fin de l’occupation américaine ; ratification du traité de San Francisco par la France.
  • 1955 : création du Parti libéral démocrate (PLD).
  • 1956 : le Japon devient membre de l’ONU.
  • 1960 : prolongation indéfinie du traité de coopération mutuelle et de sécurité avec les États-Unis.
  • 1963 : le Japon devient membre de l’OCDE.
  • 1964 : jeux Olympiques de Tokyo.
  • 1972 : fin de l’occupation américaine à Okinawa, rendue au Japon avec les îles Senkaku.
  • 1989 : décès de l’empereur Showa (Hiro-Hito) son fils Akihito lui succède.
  • 1990 : éclatement de la bulle spéculative boursière et immobilière.
  • 1992 : premières participations des forces d’autodéfense à une opération de maintien de la paix hors du territoire japonais.
  • 1995 : tremblement de terre de Kobe et attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo (secte Aum).
  • 2011 : tremblement de terre du Tohoku et catastrophe nucléaire de Fukushima.
  • 2015 : adoption de nouvelles lois de défense autorisant la « défense collective ».
  • 2019 : abdication de l’empereur Akihito. Son fils Naruhito lui succède.
  • 2020 : jeux Olympiques de Tokyo.
Le Japon en 2022
Le Japon en 2022