La littérature japonaise connaît en Occident un succès persistant depuis les années 1950. Les auteurs japonais ont obtenu trois prix Nobel de littérature : Yasunari Kawabata (1899-1972) en 1968, Kenzaburô Ôe (né en 1935) en 19941 et un troisième auteur né au Japon mais écrivant en anglais, Kazuo Ishiguro (né en 1954), dont une partie de l’œuvre se passe au Japon, l’a obtenu en 2017. Il existe donc un phénomène spécifique à la littérature japonaise. Les traductions sont nombreuses, et touchent à des genres très divers, y compris le roman policier avec des auteurs comme Seichô Matsumoto (1909-1992) ou Edogawa Ranpo (1894-1965)2. Haruki Murakami (né en 1949) est traduit dans plus de cinquante langues et a été publié à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde.

La France est particulièrement réceptive à la littérature japonaise. Le Salon du livre lui a été consacré deux fois, en 1994 et en 2012. Cette proximité s’explique notamment par d’intenses échanges culturels entre la France et le Japon d’après guerre, mais pas uniquement. En effet, la littérature japonaise traduite en Occident est à la fois familière et accessible dans sa forme, romans ou nouvelles, mais également très exotique, exprimant « l’insondable étrangeté des choses » selon les termes de Murakami. Les thématiques de l’esthétisme, de la violence, de l’érotisme, du fantastique, de la solitude ou de la famille sont récurrentes chez les écrivains les plus traduits, de Junichirô Tanizaki (1886-1965) à Osamu Dazai (1909-1948) en passant par Yukio Mishima, dont le suicide par seppuku3 en 1970 a frappé l’opinion publique mondiale. Le caractère impressionniste très esthétisant de l’écriture (et de sa traduction) est aussi un des éléments qui ont contribué au succès de cette littérature et à la fabrication d’une image du Japon séduisant l’élite intellectuelle occidentale, même si cette image ne reflète pas toute la réalité de la production. Depuis les années 1980, la littérature féminine, si ce n’est féministe, s’est également imposée, avec des écrivaines comme Yukô Tsushima (1947-2016), fille de Osamu Dazai, Yôko Ogawa (née en 1962), ou Banana Yoshimoto (née en 1964). Ce phénomène témoigne de la vitalité d’une littérature qui rencontre toujours un très large public4.


1. Yasunari Kawabata est notamment l’auteur de Pays de neige et Les Belles Endormies. Kenzaburô Ôe est également connu pour ses positions très antinucléaires avec notamment Notes sur Hiroshima.

2. Le nom de plume d’Edogawa Ranpo est un jeu de mots formé à partir du nom d’Edgar Allan Poe.

4. Cécile Sakai, « Les grands thèmes littéraires de Meiji à nos jours », in Jean-François Sabouret (dir.), La Dynamique du Japon. De Meiji à 2015, Paris, CNRS Éditions, 2015.