En 2019, le Premier ministre Shinzo Abe a battu le record de longévité à son poste bien qu’il ait remis son pouvoir en question quasiment chaque année par de nouvelles élections. Il symbolise aussi la longévité du PLD, au pouvoir quasiment sans discontinuer depuis 1955. Si le PLD a réussi à se maintenir à cette place, c’est aussi parce qu’il s’est transformé et que le jeu des factions autorise en son sein l’expression de plusieurs courants très divers.

Aux yeux de la majorité des Japonais, et en l’absence d’une opposition crédible et unifiée, le PLD représente aussi l’efficacité économique. Cette image positive héritée des années de forte croissance et du miracle économique d’après guerre a survécu à l’éclatement de la bulle des années 1980 et aux transformations d’une société de moins en moins rurale. Mais si le PLD n’a pas de concurrents, c’est de ses propres rangs que les tensions pourraient surgir. Face aux évolutions de la société, et en dépit de la position réformiste du Premier ministre Abe, notamment en matière économique, le poids des conservatismes et du patriarcat semble s’alourdir. Si les mouvements populistes sont absents au Japon, c’est aussi parce que les idées qu’ils défendent, en matière d’immigration et de société notamment, ou sur les controverses historiques, sont représentées au sein du parti majoritaire. Le choix de rester au sein de ce parti s’explique par des stratégies électorales et masque des divisions internes qui peuvent être profondes.

En dépit des appels aux réformes pour un Japon plus inclusif, le mode de sélection des candidatures freine les évolutions en accordant toujours un poids écrasant aux hommes âgés et aux héritiers de longues dynasties politiques1. Dans ces conditions, le défi principal pour le dynamisme et l’attractivité du modèle japonais est la capacité du PLD, en l’absence d’opposition solide, à évoluer pour mieux représenter les aspirations du Japon urbanisé, très connecté et moins conservateur, notamment sur les thématiques sociales. C’est uniquement à ce prix que pourrait être résolue la question de la place des femmes dans la société ou celle du renouveau de la capacité d’innovation du modèle japonais, seul fondement réaliste de la puissance globale.


1. C’est le cas du Premier ministre actuel, fils et petit-fils de Premier ministre, ou du « jeune » Koizumi, lui-même issu d’une dynastie politique. Certains membres de la Chambre des représentants, dans la majorité ou l’opposition, sont également les descendants des familles de Daimyô qui gouvernaient leur ancienne « préfecture ». Ce phénomène s’explique par les réseaux étroits qu’ont tissés ces dynasties dans leur région d’origine. Il accentue la forte proportion masculine, les fils héritant du fief des pères. Comme souvent en Asie, la réussite de certaines femmes en politique – et parfois dans le monde économique – s’explique aussi par des raisons dynastiques et l’influence de leur famille.