Contrairement à la situation qui prévaut en Europe, les partis d’extrême droite pèsent d’un poids électoral très faible au Japon. Plusieurs raisons expliquent cette influence limitée du populisme dans l’archipel1. En dépit de la stagnation économique, le chômage est quasi inexistant, le plus faible des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et les inégalités, si elles ont augmenté, n’ont pas entraîné de rupture sociale majeure. L’immigration, très contrôlée, ne constitue pas un enjeu et, même si celle-ci devait augmenter dans des proportions importantes, les nouveaux arrivants partageraient avec le Japon des références culturelles très proches. Par ailleurs, l’efficacité des services, jusque dans les campagnes les plus reculées, n’a pas été massivement remise en cause en dépit du vieillissement et de la dépopulation, contribuant à la légitimité des institutions et à la limitation des conséquences de la fracture territoriale entre métropoles et campagnes.

En revanche, si les mouvements d’extrême droite sont peu représentés, ne comptant que quelques dizaines de milliers de membres, les idées qu’ils défendent trouvent un relais au sein même du Parti libéral démocrate (PLD). La Nippon Kaigi, créée en 1997, est le principal vecteur de ces idées qui prônent le retour aux valeurs traditionnelles du Japon, le maintien d’une succession impériale strictement masculine, la réhabilitation d’un pays fier de son histoire et la révision de la Constitution. L’ancien gouverneur de Tokyo Ishihara Shintaro, membre de la Nippon Kaigi, s’était fait connaître en publiant un ouvrage Japan that Can Say No, qui déjà affirmait la volonté du Japon de retrouver son autonomie face aux États-Unis et à l’héritage de la période d’occupation2. Le slogan du Premier ministre Abe, « Pour un beau Japon » (美しい日本, utsukushii nihon), peut sembler proche de celui de la Nippon Kaigi, qui défend la « belle tradition du caractère national » et l’« esprit du Japon », référence idéologique de l’ère Meiji à la défaite de 1945. 40 % des parlementaires des deux chambres sont membres de l’association de débats de la Nippon Kaigi. L’association recrute également au sein du parti Hope de la gouverneur de Kyoto ainsi qu’au sein de la Ishin no kai implantée à Osaka. Mais, contrairement aux partis populistes, la Nippon Kaigi ne s’appuie pas sur un soutien populaire significatif. En revanche, elle joue un rôle de groupe de pression puissant dans le sujet de la révision constitutionnelle, prioritaire pour le Premier ministre. Cette force de mobilisation explique – au-delà des sympathies idéologiques – l’audience qu’elle rencontre au sein du gouvernement de Shinzo Abe.


1. Xavier Mellet, « Populismes : le cas particulier du Japon », Les Dossiers du Ceri, février 2018.

2. Ishihara Shintaro, The Japan than Can Say No. Why Japan Will Be First Among Equals, New York, Simon and Schuster, 1991.