À l’autre extrémité de l’axe indo-pacifique, l’océan Pacifique constitue un enjeu important et relativement nouveau pour le Japon1. Longtemps, l’espace pacifique a entièrement relevé – aux yeux de Tokyo – du domaine de la 7e flotte des États-Unis basée à Hawaï. Comme dans le reste de l’Asie, l’émergence de la Chine et son activisme auprès des États du Pacifique ont renforcé l’intérêt de Tokyo pour une zone stratégique économique et militaire. En 2018, en visite en Nouvelle-Zélande, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Tarô Kôno, s’est inquiété du niveau élevé d’endettement de certains États du Pacifique Sud auprès de la Chine, ouvrant la voie à une possible prise de contrôle par Pékin. En 2019, le Japon a également reçu le président de la République de Palau, réaffirmant son engagement pour la stabilité stratégique de la région.

Le Pacifique est donc désormais intégré au concept de FOIP défendu par Tokyo, qui se présente comme un État du Pacifique pleinement engagé dans la région. Depuis 1997, le Japon accueille les réunions des États du Forum du Pacifique. Depuis 2018, l’accent est mis sur les questions de sécurité maritime et de pêche illégale, autant que de catastrophes naturelles et de changement climatique. Tokyo a notamment financé en 2019 la création d’un centre d’étude du changement climatique à Samoa. De leur côté, les États du Pacifique s’engagent pour un « ordre maritime libre, ouvert et soucieux de l’environnement2 ». Le communiqué du Pacific Islands Leaders Meeting qui s’est tenu en 2018 mentionne le respect des règles de droit, la liberté de navigation, le développement de la connectivité fondé sur des infrastructures de qualité et le maintien de la paix et de la stabilité, mis en avant par Tokyo comme caractéristiques de son propre modèle3.

Il s’agit donc bien d’une réponse directe et d’une tentative de rééquilibrage face à la capacité d’influence et aux ambitions chinoise dans la région, qui se sont considérablement renforcées depuis le début des années 2010. Le Japon prévoit notamment de contribuer au développement des capacités des États de la région, en coopération avec d’autres partenaires comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la France, en matière de possibilité de surveillance de leurs immenses zones économiques exclusives. Le dialogue maritime franco-japonais qui s’est tenu en Nouvelle-Calédonie au mois d’octobre 2019 témoigne de cette volonté de coopération renforcée dans une zone d’importance stratégique.


1. Avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais détenaient un mandat de la SDN sur les possessions allemandes du Pacifique, accordé au traité de Versailles en 1917.

2. Grant Wyeth, « What Concerns Japan in the Pacific? », The Diplomat, 18 octobre 2018.

3. Ministry of Foreign Affairs, « Pacific Islands Leaders Meeting », 9 avril 2019, www.mofa.go.jp/mofaj/area/ps_summit/index.html.