Contrairement à la Chine, l’Inde démocratique partage avec le Japon des valeurs fondamentales qui plaident en faveur d’un approfondissement des relations. Depuis la fin de la guerre froide, l’Inde a choisi de regarder vers l’est, et notamment vers le Japon, et cette stratégie constitue l’une des priorités du Premier ministre Modi réélu en 2019. Au niveau stratégique, les relations entre les deux pays sont étroites, Tokyo et New Delhi partageant notamment une méfiance à l’égard de la Chine, même si, dans les deux cas, le réalisme économique qui prend en compte l’importance du partenaire chinois en la matière joue un rôle important. En 2016, à l’occasion de la visite du Premier ministre indien au Japon, le partenariat global et stratégique entre les deux pays a été renforcé1. Un dialogue 2 + 2 entre les ministres indiens de la Défense et des Affaires étrangères a été mis en place. Enfin, depuis plus de dix ans, l’Inde est le premier récipiendaire des programmes d’aide officielle au développement (ODA) du Japon.

Toutefois, si les intérêts communs sont évidents, la relation nippo-indienne a longtemps été négligée au profit de la Chine. Les échanges économiques entre l’Inde et le Japon demeurent limités en dépit de progrès significatifs. En 2018, ces échanges commerciaux ont atteint 16 milliards de dollars, très loin des 330 milliards d’échanges entre le Japon et la Chine. Des projets d’investissements, notamment dans le secteur des communications et des trains à grande vitesse, sont également mis en avant. Toutefois, les investissements japonais en Inde, s’ils ont augmenté, demeurent limités. Le Japon souhaite également que l’Inde soit intégrée au RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) afin d’équilibrer la puissance chinoise, et attend un engagement ferme de New Delhi sur ce sujet.

En dépit de ces limites, l’Inde est au cœur de cet espace indo-pacifique « libre et ouvert » fondé sur des valeurs communes et le respect de l’ordre libéral international, prôné par le Premier ministre japonais depuis sa première mandature en 2006. En réponse aux projets chinois de Routes de la soie, le Japon et l’Inde soutiennent le concept de « corridor de connectivité Asie-Afrique », permettant le développement en commun d’infrastructures de qualité. Le degré de normalisation des relations avec la puissance chinoise, à Tokyo comme à New Delhi, constitue toutefois un facteur déterminant de l’évolution future des rapports entre les deux pays.


1. Monika Chansoria, « India-Japan Relations Under Modi and Abe, Prospects and Challenges for a Novel Bilateral Asia Dynamic », India Foundation Journal, vol. XI, no 3, mai-juin 2019.