Le Traité de coopération mutuelle et de sécurité entre le Japon et les États-Unis, signé en 1951, puis prolongé indéfiniment en 1960, constitue, selon les termes utilisés par les deux pays, la « pierre angulaire » de la sécurité du Japon en Asie. Le traité prévoit que les États-Unis assurent la défense du pays en cas d’invasion de son territoire. En revanche, en dépit des révolutions récentes de la politique de défense du Japon autorisant le droit de défense collective, les obligations de Tokyo en cas d’attaque contre les intérêts des États-Unis sont beaucoup plus limitées, source de polémiques répétées avec l’administration Trump.

Initialement, il s’agissait en effet pour Washington de contrôler la réémergence d’un Japon militariste en limitant ses capacités militaires, officiellement interdites par la Constitution. Dans un contexte de guerre froide, le traité d’alliance est toutefois devenu, à partir de la guerre de Corée, le principal ancrage de la présence américaine en Asie, face à l’URSS et à la Chine. Pendant la guerre du Vietnam (1955-1975), le Japon a constitué une base logistique majeure pour les forces américaines. Dans le cadre de l’accord, les États-Unis possèdent au Japon d’importantes bases militaires et le plus gros contingent de troupes basées à l’étranger. 30 000 hommes sont positionnés sur le territoire, répartis dans plus de 80 bases ou installations. Les plus importantes sont situées à Yokosuka (7e flotte), ancienne base de la marine impériale près de Tokyo, et à Okinawa. Le traité de sécurité a également permis au Japon, au prix de la perte de son indépendance stratégique, de se consacrer au développement de son économie. Plus récemment, il permet aussi à Tokyo d’échapper à un débat difficile entre la nécessité d’assurer sa défense – y compris en développant d’importantes capacités de dissuasion – face à des défis cruciaux en Asie, tout en prenant en compte le pacifisme-isolationniste d’une partie importante de la population. Grâce à l’accord, le pays bénéficie du « parapluie nucléaire » américain sans avoir à se doter d’une force de dissuasion autonome, là encore inacceptable pour une partie importante de l’opinion publique. C’est en raison de ce parapluie nucléaire que le Japon n’a pas signé le Traité d’interdiction des armes nucléaires adopté à l’Organisation des Nations unies (ONU) en 2016.

La fin de la guerre froide et la disparition de la menace soviétique au profit de « zones grises », où la menace est moins précise, ont toutefois fragilisé l’accord de sécurité nippo-américain, en dépit de multiples déclarations qui se veulent rassurantes. La question de l’engagement américain en cas de crise mal définie ou portant sur un objectif en apparence mineur aux yeux de Washington comme l’archipel des Senkaku a été posée. À plusieurs reprises, les présidents américains ont réaffirmé que les îles étaient couvertes par le traité de sécurité mais – à moins que le conflit ne s’intègre à une crise plus globale – la question de la réalité de cet engagement a été posée. Toutefois, Tokyo et Washington organisent depuis 2018 des exercices de débarquement amphibies destinés à accroître les capacités de défense des îles lointaines et à démontrer leur volonté dissuasive d’action commune. Par ailleurs, la question de la relocation des bases américaines à Okinawa n’est pas résolue, en grande partie alimentée par des enjeux de rivalité internes entre Tokyo et les autorités locales, mais nourrie aussi par un ressentiment toujours présent dans la population locale, soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’alliance avec les États-Unis est beaucoup moins clivante dans l’opinion publique que dans les années 1960, mais ces incertitudes influent sur la perception du rôle des États-Unis dans l’archipel, dénoncé autant par ceux qui voudraient que le Japon retrouve une indépendance militaire pleine et entière que par ceux qui, au contraire, craignent d’être entraînés malgré eux dans un conflit impliquant les États-Unis en Asie ou ailleurs.