Adoptée et ratifiée au mois de novembre 1946 par la première assemblée élue au suffrage universel complet, y compris les femmes, la Constitution japonaise d’après-guerre est entrée en vigueur le 3 mai 1947. Contrairement à la situation allemande, la reddition du Japon n’a pas été suivie par une suspension des institutions gouvernementales. Dès les premiers jours de l’occupation, le général MacArthur, commandant des forces alliées d’occupation, dans la continuité de la déclaration de Postdam, a fait du désarmement du Japon, de la démocratisation des institutions et de la société et de la révision de la Constitution une priorité. La mission de réviser la Constitution Meiji, en vigueur depuis 1889, avait été confiée aux autorités japonaises. Jugeant les propositions trop limitées, le général MacArthur a rejeté le projet et confié la tâche de réécrire une Constitution entièrement nouvelle à une équipe d’officiers et de conseillers civils des forces d’occupation, dont deux femmes, Beate Sirota, éduquée au Japon avant la guerre, en charge des éléments concernant l’égalité et le droit des femmes et Eleanor Hadley, économiste du département d’État, spécialiste du Japon.

Le projet de Constitution a été rédigé en une semaine, puis adopté avec des modifications mineures après avoir été présenté aux autorités japonaises. Maintenant une apparence de continuité, la Constitution d’après guerre a été présentée comme un amendement de la Constitution Meiji. Elle en diverge toutefois profondément dans son esprit sur trois points essentiels qui sont la souveraineté du peuple comme seule source de pouvoir et de légitimité, comme le soulignent les dix occurrences du mot « peuple » dans le très court préambule, le respect des droits de l’homme et la renonciation à la guerre comme droit souverain1.

La Constitution japonaise n’a jamais été amendée depuis son adoption en 1947, contrairement à la Constitution allemande qui l’a été à de très nombreuses reprises depuis 1949, y compris dès 1954, pour inscrire le droit de disposer de forces armées à des fins défensives. L’article 96 de la Constitution japonaise impose des règles qui limitent les possibilités d’amendement, une majorité des deux tiers du Parlement réunissant les deux chambres étant exigée, suivie d’un référendum à majorité simple. En l’absence d’amendement, le Japon a toutefois procédé à de nombreuses « interprétations » de la Constitution, facilitées par sa concision2. La question de la révision de la Constitution et de son adaptation aux évolutions du contexte social, politique et stratégique fait l’objet de débats réguliers. Dernier en date, le Premier ministre Abe en a fait un objectif prioritaire avant la fin de son mandat en 2021. Au-delà des enjeux directs, comme ceux qui concernent l’article 9 « pacifiste3 », la révision de la Constitution, pour ceux qui en défendent la nécessité, marquerait symboliquement pour le Japon la fin de la période d’après guerre et le rétablissement d’une souveraineté complète.


1. Kenneth Mori McElwin, « The Anomalous Life of the Japanese Constitution », www.nippon.com/en/in-depth/a05602/the-anomalous-life-of-the-japanese-constitution.html.

2. La Constitution japonaise est l’une des plus courtes du monde (5 000 mots).