Le Japon est resté longtemps isolé de toute forme de contact régulier avec l’extérieur. Mais au cours des derniers siècles du Ier millénaire avant notre ère une « révolution culturelle » venue du continent en passant par la péninsule coréenne, qui a joué un rôle essentiel dans la construction de la civilisation japonaise, s’est produite. Les changements ont été rapides, s’étendant vers l’est et le nord à partir de la façade ouest de l’archipel. Selon certaines théories, la nouvelle civilisation qui s’est imposée, appelée Yayoi, du nom d’un premier tumulus découvert en 1884, serait le résultat d’un transfert massif de populations en provenance du continent1. En réalité, les apports de la civilisation chinoise via la péninsule coréenne, qui ont entraîné un véritable décollage civilisationnel dans l’archipel, résultent à la fois de l’extension de la civilisation chinoise vers le nord-est, qui s’est accéléré sous la dynastie des Han, et des progrès de la navigation.

Les premières mentions du Japon apparaissent dans les textes classiques chinois, qui le rattachent au groupe des « barbares de l’Est » (東移, dongyi)2. Le Hanshu (chronique de la dynastie des Han) mentionne le « pays des Wo » (), divisé en clans rivaux, au large de la péninsule coréenne où les premières commanderies chinoises ont été établies. En 57 de notre ère, une première ambassade à la cour de Chine est également mentionnée. Mais avant même ces premiers contacts officiels, qui établiront progressivement le Japon dans le cercle des États tributaires de l’empire de Chine, les apports ont été considérables. Sous l’ère Yayoi (– 300/+ 300), autour du Ier siècle de notre ère, c’est la culture du riz irrigué qui s’impose, avec la métallurgie et une organisation sociale plus complexe. Au cours des siècles suivants, les éléments fondamentaux de la culture japonaise, bouddhisme, système d’écriture, thé, écoles philosophiques, du confucianisme au taoïsme, organisation de l’État et urbanisme de la capitale, établissent la légitimité et l’autonomie du « pays du Soleil-Levant » (日本, Riben, Nihon prononcé à la japonaise) en reprenant les codes de l’empire de Chine.


1. Li Jin, Shu Huaxu, Wei R. Wang, Yun Gonghe, « Paleolithic Contingent in Modern Japanese. Estimations and Inference Using Genome Wide Data », www.nature.com/articles/srep00355.

2. Après l’introduction du système d’écriture chinois, autour du VIIe siècle de notre ère, les Japonais imposeront l’usage du caractère wa (ou yamato selon la prononciation japonaise) , qui signifie « paix » ou « harmonie ».