Après plusieurs siècles de contacts réguliers avec l’empire de Chine, le Japon a progressivement espacé ses ambassades jusqu’à l’interruption quasi totale des contacts officiels au début du XVIIe siècle. L’originalité du processus vient du caractère en apparence très maîtrisé de ces stratégies d’ouverture, entre recherche d’éléments favorables au développement du pays et à l’établissement de sa légitimité, et de fermeture pour éviter tout risque de vassalisation et de contrôle, que ce soit de la part de l’empire de Chine ou des puissances occidentales, Portugal et Pays-Bas, qui étendaient leur influence en Asie depuis la fin du XVe siècle.

En 1603, les shôguns (将軍) Tokugawa ont établi pour plusieurs siècles leur pouvoir à Edo, ancien nom du Tokyo actuel. Ils ont mis progressivement en place une politique de répression du christianisme, qui s’était imposé auprès de certains clans au sud de l’archipel, d’expulsion des étrangers, d’interdiction de sortie du territoire sous peine de mort et de limitation des échanges à quelques lieux très spécifiques dont l’île de Dejima, au large de Nagasaki, avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales1.

Pendant plus de deux siècles, de 1641 jusqu’à l’ouverture imposée en 1853 sous la pression des États-Unis et l’établissement des premières relations diplomatiques avec Washington, puis Londres en 1854, le Japon vivra en grande partie coupé du monde. Mais cette période de repli sera aussi une longue période de stabilité et de prospérité, au cours de laquelle seront consolidés les fondements du développement futur du Japon, notamment dans les centres urbains. Cette expérience du repli « positif » et de l’autosuffisance marquera profondément les mentalités. Le monde extérieur était et demeure perçu comme un objet de grande curiosité, une source de savoirs utiles – de la culture chinoise aux « études hollandaises » en passant par les armes à feu portugaises –, mais aussi comme un facteur de perturbation dont il faut se protéger2.

Cette longue période de fermeture a également permis au Japon de développer une culture très spécifique, totalement façonnée par les apports asiatiques, puis occidentaux, mais également profondément originale. Au point d’offrir au pays, à partir de la fin du XIXe siècle, un nouveau modèle de développement et de transformation, à la fois moderne et ancré dans son propre passé et sa propre culture.


1. L’archipel des Ryukyu, qui a conservé un statut de royaume indépendant jusqu’à la fin du XIXe siècle, tributaire de la Chine et d’un fief japonais, permettra de maintenir des contacts commerciaux, et donc des liens informels, avec le sud de la Chine.

2. Les « études hollandaises » ont introduit la médecine et la science occidentales.