Situé à plusieurs centaines de kilomètres du continent asiatique, le Japon est longtemps resté en marge des évolutions civilisationnelles amorcées en Chine plus de trois mille ans avant notre ère. La distance géographique n’était pas assez grande pour interdire tout contact, mais elle a permis à la civilisation japonaise de se développer d’une manière originale, alternant périodes d’ouverture et de fermeture, établissant les bases de ce qui deviendra le modèle japonais.

Cet éloignement, ainsi que les caractéristiques géographiques et climatiques de l’archipel, expliquent l’évolution très particulière de la civilisation japonaise à ses origines. La période qui s’étend du Xe millénaire aux derniers siècles du Ier millénaire avant notre ère porte le nom de Jomon, un style de poteries ornées de motifs de cordes qui s’est perpétué tout au long de cette époque. Contrairement à la situation qui prévalait sur d’autres continents, de l’Europe à la Chine, cette période qui s’étend sur plus de dix mille ans, sans système d’écriture, se caractérise par une très grande continuité, comme si les populations qui occupaient alors les îles de l’archipel, arrivées du continent à la faveur de la dernière ère glaciaire, et sans doute du Pacifique, avaient prolongé un état qui échappe à toute catégorisation traditionnelle.

Le concept de néolithique s’applique en effet mal à une civilisation qui a progressivement développé une forme d’agriculture très primitive, s’est organisée en communautés villageoises, a élaboré des rites funéraires mais a dans le même temps conservé une pratique dominante de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs et ne connaissait pas la métallurgie.

Pourtant, c’est à cette période que les chroniques officielles, composées au VIIIe siècle de notre ère sur le modèle des chroniques dynastiques chinoises, font remonter la fondation de la dynastie impériale par l’empereur Jimmu, « descendant » de la déesse Amaterasu. Aujourd’hui encore, le 11 février, date légendaire de l’accession au trône de l’empereur Jimmu, dont le culte est devenu un élément essentiel de la restauration impériale à la fin du XIXe siècle, est commémoré comme la date officielle de la « fondation de l’État » (建国記念の日, kenkoku kinen no hi).