L’économie japonaise, comme l’économie allemande, a été détruite par la Seconde Guerre mondiale. Mais, comme l’Allemagne, le Japon jouissait depuis la fin du XIXe siècle d’une base industrielle et d’innovation développée. En 1945, la production industrielle du pays représentait moins du tiers de la production d’avant-guerre, et l’objectif des États-Unis était de détruire toute possibilité d’une renaissance du complexe militaro-industriel qui avait mené à la guerre du Pacifique. Cette position a toutefois évolué rapidement, avec l’émergence de la guerre froide dès 1948, et la guerre de Corée en 1950. La priorité pour Washington était désormais de contenir l’avancée du communisme en Asie et de transformer le Japon en « porte-avions insubmersible », avant-poste du « camp occidental » en Asie. Le rôle des États-Unis dans la renaissance économique du Japon d’après guerre a donc été crucial, il a établi les bases sur lesquelles ont pu se développer les initiatives des gouvernements qui se sont succédé entre 1945 et 1965. Tokyo a également fait preuve d’une grande capacité d’adaptation et de développement à long terme, dans une économie mêlant système libéral et rôle du Miti (Ministry of International Trade and Industry, ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur), et des grandes banques comme la Banque du Japon et la Banque de développement du Japon. L’État a joué son rôle en soutenant le passage d’une économie fondée sur l’industrie lourde d’après guerre à la construction d’infrastructures et à l’innovation comme relais de croissance après la crise de 1973. La montée en puissance d’entreprises comme Sony en est le symbole.

Fort de ces succès, le Japon a rejoint le Fonds monétaire international (FMI) dès 1955 et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 1964, année des jeux Olympiques de Tokyo. Hayato Ikeda, ministre de l’Industrie et du Commerce sous le gouvernement Yoshida, puis Premier ministre de 1961 à 1964, et ses conseillers ont joué un rôle majeur dans ce miracle économique qui a vu le produit national brut (PNB) du Japon passer de 44 milliards de dollars en 1960 à 3 055 milliards (dollars constants) en 1989. Dans le même temps, le pays a connu une croissance moyenne de 7 % avec des pics à 12 % en 1964 et 14 % en 1976. Le plan de doublement des revenus annoncé par Ikeda en 1961, la mise en place d’un salaire minimum et d’un système national de retraite ont contribué à une augmentation importante de la consommation des ménages, principal fondement de la croissance dans une économie aux importations longtemps contrôlées. La part de la consommation des ménages représentait encore plus de 55 % du PNB en 2019. La construction d’infrastructures, dont le Shinkansen, inauguré en 1964, est un symbole, et les exportations sont les deux autres moteurs de cette montée en puissance. Ce modèle a été suivi par les autres pays d’Asie, Hong Kong et Singapour, Taïwan et la Corée du Sud, puis les « tigres » d’Asie du Sud-Est et enfin la Chine continentale, selon le modèle du vol d’oies sauvages longtemps tiré par un leader japonais qui doit se réinventer en trouvant d’autres vecteurs de croissance.