Alors que les États-Unis de Donald Trump ont choisi de se retirer du Trans Pacific Partnership (TPP) en négociation depuis 2010, le Japon a décidé de poursuivre avec les onze États déjà engagés. Il s’agit pour Tokyo de confirmer sa place de puissant leader en Asie dans le domaine financier, et de contre-modèle face aux projets chinois de Routes de la soie. L’autre élément pour Tokyo est aussi de se positionner en faveur du multilatéralisme, en opposition au protectionnisme revendiqué des États-Unis. Tokyo est donc favorable à la signature d’un accord de libre-échange pour la zone Asie, le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership, Partenariat économique régional global), moins qualitatif que le TPP mais ouvert à plus de partenaires, dont la Chine et l’Inde. L’image qui l’emporte en Asie, est celle d’une intégration économique totalement dominée par la République populaire de Chine (RPC), devenu le hub commercial et industriel de la région. Les échanges du Japon avec l’Asie non chinoise représentaient 365 milliards de dollars en 2016 alors qu’ils s’élevaient à 1 300 milliards de dollars pour la Chine. En revanche, le Japon joue un rôle vital dans sa zone en termes d’aide au développement, d’investissements et de transfert de technologie. Pour certains analystes, le pays, stable politiquement, a plus de chances de conserver ce rôle leader qu’une Chine confrontée à des fragilités internes non résolues. L’Asie a été une destination majeure des investissements japonais, notamment dans les infrastructures, depuis les années 1990 avec des projets de développement des infrastructures, en commun avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), plus de vingt ans avant les projets de Routes de la soie chinois. Contrairement à l’impression dominante, en 2018, le Japon est toujours le premier investisseur en Asie, et la tendance devrait se poursuivre1. Après une progression importante en 2016, les investissements extérieurs de la Chine ont en effet diminué de près de 30 % en 2017 et cette tendance s’est poursuivie.

Les études d’impact de la Banque mondiale sur le niveau de vie et le bien-être des populations locales montrent également que les investissements japonais demeurent de loin les plus performants même si, pour certains pays, les exigences du Japon en matière de règles de gouvernance et d’endettement rendent les offres chinoises plus attractives sur le court terme. Dans une volonté manifeste d’offrir un autre modèle de développement plus durable, Tokyo met en avant les concepts de qualité et de transfert de savoir-faire. En 2018, il a présenté un nouvel objectif de formation de 80 000 experts dans les secteurs de la production industrielle et de l’économie digitale en Asie. Signe de cette force de frappe financière, le Japon occupe toujours la première place – et le siège de président – de la Banque asiatique de développement (BAD) créée en 1966, dont les prêts se réorientent vers l’Asie non chinoise. Dès 2005, la Chine n’était plus destinataire des programmes d’aide au développement du Japon dirigés désormais, en Asie, vers l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est comme le Vietnam, la Birmanie ou l’Indonésie. En 2019, Taro Aso, président de la BAD, a également déclaré que la Chine – qui prête sans contrôles aux pays cibles de la stratégie des Routes de la soie – devait désormais accepter de ne plus faire partie des pays receveurs. La dimension financière est donc pleinement intégrée à la rivalité de puissance entre Pékin et Tokyo.


1. Nyshka Chandran, « Japan, not China May be Winning Asia’s Infrastructures Investments Contest », CNBC, 23 janvier 2019, www.cnbc.com/2019/01/23/belt-and-road-japan-not-china-may-be-winning-investment-contest.html.