En dépit d’évolutions significatives, et alors que la balance commerciale du Japon était en 2018 déficitaire de plus de 5 milliards de dollars, le Japon conserve une image de pays fermé et protectionniste. L’affaire Ghosn, par-delà les faits reprochés à l’ancien dirigeant de Renault-Nissan, a réactivé cette perception d’un pays hostile à toute intrusion étrangère. L’économie japonaise est en effet peu ouverte sur l’extérieur et les entreprises japonaises sont traditionnellement peu favorables aux opérations de fusions et acquisitions avec des entreprises étrangères, l’argument du fossé culturel étant souvent invoqué. La Banque mondiale place le Japon au trente-neuvième rang de son classement des pays où il est facile de faire des affaires, chiffre peu attrayant comparé à la Chine, placée au quatrième rang. Mais la Banque mondiale ne tient compte ni des conditions de travail et environnementales, ni de la transparence et de la sécurité du système légal pour une entreprise étrangère.

En ce qui concerne l’ouverture des marchés, les partenaires de Tokyo dénoncent des barrières non tarifaires limitant de fait les importations. Mais ces barrières, qui prennent notamment la forme de normes sanitaires et techniques particulièrement sévères, répondent aussi aux attentes d’un consommateur japonais très mobilisé sur les questions de qualité1. Les produits agricoles en sont un bon exemple, et plus particulièrement le riz, dont la production locale est toujours largement privilégiée en dépit d’un différentiel de coût important. Derrière cette « préférence nationale », le mouvement des coopératives, le rôle des femmes au foyer et la volonté de préserver une agriculture traditionnelle sont aussi très influents. De même, l’éclatement du système de distribution est aussi considéré comme une barrière, mais répond à la volonté de préserver en centre-ville un tissu dense de commerces traditionnels qui participent à la vie des quartiers.

Mais la situation a considérablement évolué depuis la fin des années 2000. Après des années de négociations, le Japon a signé en 2018 avec l’Union européenne (UE) un accord de libre-échange qui lève les droits de douane sur 99 % de ses produits. Si l’on considère les critères de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avant même cet accord de libre-échange, le Japon était en réalité moins protectionniste que l’UE et les États-Unis. En effet, en 2018, les droits de douane sur les produits non agricoles s’élevaient à 2, 7 % pour le Japon et à 4,2 % pour l’UE. Pour les produits agricoles les droits de douane japonais, de 7,1 %, n’étaient que de peu supérieurs à ceux de l’UE fixés à 5,9 %. En ce qui concerne les investissements étrangers, le Japon n’est pas une destination prioritaire. Les taxes sur les entreprises, réduites à 29,7 % en 2018, sont inférieures aux taux européens, français ou allemands notamment, mais restent très élevées par rapport au reste de l’Asie. Surtout, le droit du travail, très strict au Japon, rend le recrutement et les licenciements difficiles pour des entreprises étrangères. En revanche ces dernières sont souvent un choix privilégié par les femmes japonaises qualifiées qui y trouvent un environnement et des perspectives de carrière plus ouvertes que dans les entreprises japonaises. En 2016, un Conseil pour la promotion des investissements au Japon a défini douze « zones stratégiques spéciales », dans des régions en difficultés comme le Nord-Est, touché par le tsunami de 2011, mais aussi dans la région de Tokyo. En 2017, dans le prolongement des Abenomics, le Premier ministre Abe a également lancé un plan de dérégulation destiné à favoriser les investissements étrangers, notamment dans les secteurs innovateurs des hautes technologies comme l’intelligence artificielle, les drones ou les véhicules électriques. Dans le secteur des transports, le rachat par Vinci de Kansai Airports, qui gère les aéroports de la région d’Osaka, démontre l’évolution des mentalités. Les investissements étrangers augmentent pour atteindre un niveau de 28,6 trillions de yens en 2018, rendant moins irréaliste l’objectif de 35 trillions de yens en 2020.

Toutefois, comparé aux autres pays de l’OCDE, le Japon demeure le pays où la part des investissements étrangers est la plus faible. Elle ne représentait que 5,2 % du produit national brut (PNB) en 20182. Pour l’essentiel, ces investissements viennent des États-Unis et de l’UE, la France étant particulièrement bien placée3, mais la part des investisseurs asiatiques, notamment chinois, augmentent et représentent aujourd’hui 25 % du total4. Cette présence croissante des investisseurs chinois dans certains secteurs comme le tourisme à Hokkaido ou à Okinawa nourrit également des inquiétudes dans la population.


1. Ainsi, le Japon autorise un nombre d’additifs alimentaires plus limité que l’UE.

2. Jetro, « Japan Invest Report 2018 », www.jetro.go.jp.

3. En 2018, la France représentait 12 % des investissements européens au Japon. Source : ibid.

4. Les investissements chinois ont augmenté de 327 % de 2017 à 2018. Source : ibid.