La dette publique du Japon est passée de 158 % du produit intérieur brut (PIB) en 2007 à 200 % en 20181. Pourtant, derrière ces chiffres impressionnants, la situation financière de l’archipel demeure solide. En effet, si l’État est endetté, le taux d’imposition sur le revenu, comme les taxes à la consommation, demeure relativement faible, offrant des marges de manœuvre importantes aux autorités, contrairement à la situation qui prévaut dans des pays comme la France. Si son coût politique peut être important, le passage du taux de TVA de 8 à 10 %, est une des solutions décidées par le gouvernement du Premier ministre Abe, même si ce choix a été plusieurs fois repoussé pour être fixé au mois d’octobre 2019. Surtout, contrairement à la situation chinoise, le taux d’endettement des entreprises est très faible, offrant là aussi des marges de manœuvre qui ne mettent pas en péril l’économie du pays. Par ailleurs, le vieillissement de la population contribue à l’augmentation de la dette de l’État et diminue le taux d’épargne des ménages, mais cette dette est toujours détenue en quasi-totalité par les Japonais eux-mêmes. Le patrimoine financier domestique s’élève à 27 000 milliards de dollars et l’actif des ménages représente 330 % du PIB, placés en dépôts non risqués. La bulle spéculative des années 1980 a en effet détourné les Japonais des placements boursiers qui les avaient un temps attirés comme une loterie garantie.

Derrière les chiffres alarmistes, qui jouent aussi un rôle d’alerte dans la société japonaise, la situation financière du pays est donc solide. En revanche, comme pour les taux de croissance, l’énormité des chiffres publiés contribue à peser négativement sur l’image de l’économie japonaise2.


1. Le taux d’endettement le plus bas, en 1982, était de 45 % du PIB. « Japan’s Government Debt. % of GDP », CEIC Data, www.ceicdata.com/en/indicator/japan/government-debt–of-nominal-gdp.

2. Sur ce sujet voir Jean-Marie Bouissou, Les Leçons du Japon. Un pays très incorrect, Paris, Fayard, 2019.