Une part importante de l’attractivité du Japon vient d’une relation forte à la nature. L’attention aux saisons qui, comme le démontrent les premiers textes littéraires, constitue une source d’inspiration, est toujours mise en avant. Admirer les cerisiers au printemps (花見, hanami), les feuilles rouges en automne fait partie d’un mode de vie qui n’a pas disparu avec l’urbanisation. Les paysages traditionnels de rizières, cultivées depuis des siècles, sont au cœur de l’imaginaire de l’identité japonaise, avec le riz dont le nom seul signifie « repas », même si dans la réalité, nombre de paysages ont été détruits par une frénésie d’aménagements et de constructions, bien loin des idéaux proclamés1. La représentation de sites connus, à commencer par le mont Fuji, constitue aussi un thème récurrent de l’expression artistique au Japon, et notamment de ses estampes. Longtemps l’un des pays les plus pollués de la planète, le Japon se situe aujourd’hui à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique et la capitale japonaise, en dépit de ses 38 millions d’habitants, est l’une des moins polluées du monde2.

Mais cette admiration proclamée pour la nature est le pendant de la crainte permanente des catastrophes naturelles. Pays géologiquement très « jeune », le Japon est confronté aux risques constants d’éruptions volcaniques, de tremblements de terre et de tsunami3. Tokyo est en effet construit à la rencontre de trois failles et est régulièrement ébranlé de secousses. En 1923, le grand tremblement de terre du Kantô a fait plus de 100 000 morts, en raison notamment des incendies qui se sont déclenchés. En 1995, le tremblement de terre de Kobe a fait plus de 6 000 morts, révélant des failles dans le système de constructions antisismiques. De même, en 2011, le tremblement de terre du Tohoku, et le tsunami qui l’a suivi, le plus important de ce siècle dans le monde, ont causé plus de 15 000 morts et 3 000 disparus. Chaque été, les glissements de terrain, aggravés par la monoculture des cryptomères en zone montagneuse, et les inondations accompagnent l’arrivée des typhons.

Dans ce contexte de perception très ambivalente des phénomènes naturels, source d’admiration, d’inspiration, mais aussi d’effroi et de sentiment d’impuissance, la puissance de l’atome occupe une place à part. Rappelons que le Japon est le seul pays à avoir subi deux frappes nucléaires. La catastrophe de Fukushima, provoquée par le tsunami de 2011, a également profondément marqué les esprits, même si les effets immédiats ont été beaucoup moins importants qu’à Tchernobyl4. Pourtant, jusqu’à cette date, le Japon était aussi, avec la France, l’une des principales puissances nucléaires civiles dans le monde. En revanche, le rejet du feu nucléaire, au-delà du pacifisme constitutionnel, est profondément ancré dans l’opinion publique et limite très fortement l’éventualité pour le pays de se doter d’une capacité de dissuasion nucléaire.


1. Alex Kerr, Dogs and Demons. Tales from the Dark Side of Modern Japan, Londres, Farrar, Straus and Giroux, 2002.

2. Le taux de particules fines se situe très en dessous des standards de l’Union européenne (UE).

3. Plus de 10 % des volcans actifs dans le monde (110) sont situés au Japon, dont le mont Fuji, dont la dernière éruption remonte à 1707.

4. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 2013, il n’y aurait pas eu de décès directement provoqués par la fonte du réacteur nucléaire de Fukushima.