Les pratiques et les traditions religieuses sont toujours vivantes au Japon, établissant une continuité sensible avec le passé. Comme les calvaires dans les campagnes européennes, les statues du bodhisattva Jizô, protecteur de tous les passages, y compris ceux des enfants mort-nés, sont omniprésentes, jusque dans la capitale qui a englobé de nombreux villages. Dans les maisons, les magasins, les kamidana destinés aux « esprits » protecteurs shintoïstes sont très fréquents, de même que les autels bouddhistes (butsudan), où sont conservées les tablettes mortuaires des ancêtres. Plus de 60 % des Japonais déclarent posséder un autel bouddhiste. Jusque dans les quartiers d’affaires les plus modernes, la fréquentation des temples bouddhistes ou des sanctuaires shintos, pour une brève prière et une offrande, est très courante. Une cérémonie shinto traditionnelle est régulièrement pratiquée avant la construction d’un immeuble et, pour conjurer le malheur ou purifier un lieu, on a recours aux rites d’exorcisme. Dans certains temples, ces rites peuvent aussi servir à « jeter un sort » à une personne nuisible. Les événements importants de l’existence sont encore très souvent accomplis au temple, sanctuaire shinto pour le mariage ou la présentation des enfants, temple bouddhiste pour tout ce qui est lié à la mort. Dans ce dernier cas toutefois, le coût des cérémonies, principales ressources des communautés religieuses, l’exode rural et l’éclatement des familles font significativement baisser les pratiques traditionnelles liées à l’enregistrement longtemps imposé des lignées familiales auprès d’un temple bouddhiste.

Mais si le divin semble partout, ce sont les pratiques rituelles et les superstitions qui l’emportent sur l’adhésion à une croyance unique. Dans une sorte de syncrétisme non formalisé, les Japonais peuvent être à la fois bouddhistes, shintoïstes, respectueux du culte des ancêtres et – si cela était possible – chrétiens. La vogue des cérémonies de « mariage » dans des chapelles non consacrées en témoigne. Importé de Chine via la péninsule coréenne au VIe siècle, le bouddhisme a profondément marqué l’histoire et la culture japonaise et 75 % des Japonais se déclarent – entre autres – bouddhistes1. Le bouddhisme est divisé en de multiples sectes, certaines récentes comme la sôka gakkai, créée en 1930, dont la croissance très rapide après la Seconde Guerre mondiale s’est traduite par la création en 1964 d’un parti politique de centre droit, le Kômeitô. Depuis 1999, le Kômeitô, dont les positions pacifistes freinent la marge de manœuvre du gouvernement en matière de défense, fait partie des coalitions gouvernementales avec le Parti libéral démocrate (PLD) majoritaire. Si son audience est très limitée – moins de 1 % de la population –, le christianisme est également présent au Japon, divisé à peu près également entre catholiques et protestants. Introduit en 1549 par les jésuites portugais qui fondent Nagasaki, réduit aux pratiques des chrétiens cachés après son interdiction, affaibli par la crucifixion de vingt-six martyrs en 1597 et l’expulsion des missionnaires en 1614, le catholicisme, à nouveau autorisé depuis la fin du XIXe siècle et la liberté de culte instaurée sous l’ère Meiji, est pratiqué par moins de 0,5 % de la population japonaise, souvent issue des classes aisées. Son influence demeure toutefois significative au travers d’institutions éducatives reconnues comme l’université Sophia, fondée en 1913 par les jésuites.


1. Les Japonais peuvent être en même temps shintoïstes et bouddhistes. Voir la question 18, « Quelle est l’influence du shintoïsme ? ».