Selon un sondage effectué en 2017, 95 % des Japonais considèrent que la démocratie est le meilleur des systèmes et 77 % pensent qu’un régime démocratique est le plus apte à résoudre les problèmes de la société. 47 % se déclarent toutefois peu satisfaits du fonctionnement de la démocratie dans leur propre pays, battus par la France (65 % de non satisfaits) et la Corée du Sud (72 % de non satisfaits). Le Japon est donc souvent présenté comme une démocratie imparfaite, ou particulière, alors que sa population soutient massivement ce type de régime1.

La longévité du parti au pouvoir (Parti libéral démocrate, PLD), qui ne va pas sans rappeler l’absence d’alternance en France de 1958 à 1981, et l’émiettement de l’opposition contribuent à cette évolution vers un système de parti ultradominant qui s’accompagne aussi d’une abstention croissante aux élections nationales et locales. La fin du bipartisanisme a également contribué à affaiblir les équilibres traditionnels, encourageant les autorités au pouvoir à adopter des mesures de contrôle de la presse et de l’opposition considérées comme peu démocratiques. En 2014, une loi sur la divulgation des secrets d’État, qui limite la liberté d’investigation des journalistes, a été adoptée, suivie d’une loi sur le contrôle des mouvements violents qui pourrait – en théorie – viser aussi des partis politiques établis, comme le parti communiste. L’adoption de ces deux mesures a donné lieu à de très importantes manifestations qui témoignent d’une rupture entre la sphère politique incontestée dans le champ électoral et une opinion publique beaucoup moins conservatrice.


1. La revue Atlasocio.com publie un classement en ligne des démocraties. Selon ce classement, le Japon se situe, devant la France, au vingt-deuxième rang.