Le système éducatif du Japon est l’un des plus performants du monde, tant en termes d’acquisition des connaissances qu’en termes d’égalité. Alors que la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est de 14 %, seuls 9 % des différences de niveaux entre élèves s’expliquent par le niveau socio-économique de leur famille. Le Japon est l’un des grands pays développés où le taux d’amélioration de la situation des enfants par rapport à leurs parents est le plus élevé, derrière les pays scandinaves. 96,4 % des élèves y obtiennent le diplôme de fin d’études secondaires et poursuivent dans le supérieur. Pourtant, le budget de l’éducation au Japon ne représente que 3,3 % du produit national brut (PNB), alors que la moyenne de l’OCDE est de 4,9 %, et le nombre d’enfants par classe est beaucoup plus élevé qu’en France. L’éducation est obligatoire jusqu’à quinze ans, dernière année de collège, mais la quasi-totalité des élèves poursuit une forme d’études supérieures à l’université ou dans des écoles professionnelles performantes.

Ces chiffres s’expliquent entre autres par deux éléments spécifiques qui sont une très grande homogénéité de la société en l’absence de politique d’immigration et un fondement ancien, avec un taux d’alphabétisme de 50 % pour l’ensemble de la population à la fin de l’ère Edo1. Les dysfonctionnements d’un système éducatif fondé sur l’apprentissage par cœur et l’absence de participation des élèves sont souvent mis en avant, mais ils ne correspondent pas à la réalité, notamment pour les disciplines scientifiques, où l’accent est aussi mis sur la réflexion personnelle, même si, pour les examens, le système des questions à choix multiples est souvent privilégié. Le succès du système éducatif japonais repose également sur le mode de fonctionnement de l’enseignement. Les professeurs, recrutés au niveau des préfectures, reçoivent un meilleur salaire que la moyenne des pays de l’OCDE. En revanche, leur investissement auprès des élèves est exigé au-delà des heures de cours et le travail d’équipe est systématique au niveau de chaque établissement. Tous les trois ans, une évaluation détermine la promotion des enseignants et les plus expérimentés sont affectés aux écoles les moins favorisées. La responsabilisation des élèves est systématique, l’entretien des classes est ainsi assuré par l’ensemble des professeurs et des élèves, et le personnel administratif est très réduit.

Pourtant, en dépit de ces succès indéniables, le modèle éducatif japonais souffre d’un manque d’internationalisation, et – alors que le Japon s’inscrit dans une économie de plus en plus globalisée – le nombre d’étudiants qui souhaitent voyager ou étudier à l’étranger tend à diminuer. Avec un taux de 4 % pour l’internationalisation des étudiants, le Japon se situe au bas de l’échelle des pays de l’OCDE, renforçant le repli insulaire d’une société mal préparée à se confronter aux défis de l’ouverture sur le monde2. Parmi les universités, l’université de Tokyo, université d’État la plus élitiste, est première en Asie mais dix-septième au niveau mondial3. Au niveau individuel, les jeunes Japonais sont aussi ceux qui, statistiquement, feraient partie des moins heureux dans le monde. Si la pression scolaire est un facteur d’explication, elle est moins forte qu’en Corée ou en Chine. La nature des rapports sociaux et le poids du groupe, qui favorise la crainte de l’exclusion, constituent d’autres facteurs importants d’explication.


1. Ce taux est proche de celui des grandes puissances occidentales à la même époque. En France, il était de 55 % en 1863.

2. Chiffres 2018. Ce taux est de 10 % pour la France.

3. World Top20 Project, https://worldtop20.org.