Contrairement aux idées reçues, le Japon dispose d’un système de protection sociale performant, mis en place dès les années 1920 sur le modèle européen. Ce système couvre l’ensemble des travailleurs salariés dans les entreprises de plus de cinq salariés, et leurs ayants droit au sens large1. L’ensemble de la population non salariée est également couvert par le système de protection sociale national. Dans le premier cas, les cotisations sont partagées entre employé et employeur, et représentent en moyenne 10 % du salaire, avec une majoration de 1,57 % pour les salariés de quarante à soixante-cinq ans susceptibles de recevoir des soins plus coûteux. Les cotisations chômage, obligatoires, représentent 0,90 % du salaire de l’employé. Les cotisations versées au régime public représentent 2 % du revenu moyen. Les entreprises de plus de 700 employés peuvent mettre en place leur propre service d’assurance maladie ou faire appel à une compagnie d’assurance privée.

Les prestations sociales couvrent la maladie, l’assurance vieillesse, les accidents du travail, l’invalidité, le chômage, ainsi qu’une assurance décès et les frais d’obsèques. Il existe également un système d’assurance spécifique pour les personnes âgées de plus de soixante-quinze ans. Le reste à charge des assurés est en moyenne de 30 %, et de 10 % pour les personnes âgées de plus de soixante-quinze ans, selon leurs conditions de ressource. À ces prestations s’ajoute un système d’assurance couvrant le handicap et la dépendance. L’ensemble de la population est donc couvert par un système qualifié de « welfare state à la japonaise », reposant à la fois sur l’engagement financier de l’État et des collectivités locales, qui gèrent notamment les prestations familiales sous conditions de ressources, et sur le réseau familial de soutien.

Toutefois, certains éléments ne sont pas couverts par le système d’assurance maladie, comme les vaccinations ou les opérations de très haute technologie. En ce qui concerne les indemnités d’arrêt de travail, qui représentent deux tiers du salaire, quatre jours de carence sont appliqués, et elles ne peuvent être versées au-delà de dix-huit mois. De même pour le chômage, les droits sont ouverts après une durée minimum de cotisation de six mois. Les indemnités représentent de 50 à 80 % du salaire moyen des six mois précédents avec un plafond maximum équivalent à 61 euros par jour en 2018. La durée d’indemnisation n’excède pas 330 jours et est conditionnée par une visite mensuelle à l’agence pour l’emploi et à la participation active aux recherches.

Le système japonais est donc performant et, jusqu’à une période récente, relativement peu coûteux pour l’État. Le principal défi vient du vieillissement de la population avec l’arrivée des importantes cohortes de baby-boomers dans la génération des plus de soixante-quinze ans. En 2018, les dépenses sociales représentaient 21,5 % du produit national brut (PNB) du Japon, très inférieures aux coûts européens pour des prestations équivalentes, mais ce chiffre augmente rapidement. Toutefois, la marge de manœuvre fiscale de l’État reste importante, avec un taux de TVA porté à 10 % en 2019 pour répondre aux défis du vieillissement2. La flexibilité du système permet par ailleurs de moduler les cotisations et les remboursements en fonction de l’évolution des ressources.


1. Les ayants droit peuvent être les époux et concubins et les enfants, mais aussi les ascendants et les frères et sœurs cadets vivant sous le même toit, selon un modèle hérité de la famille traditionnelle.

2. En France, ce taux s’élevait à 32,1 % en 2016. La moyenne des pays de l’Union européenne (UE) est de 27,5 %.