Trois questions territoriales principales opposent le Japon à ses voisins. Celle des îles Kouriles (territoires du Nord ou 北方領土, Hoppôryôdo en japonais) est la plus ancienne. Après la guerre russo-japonaise de 1905, le Japon a occupé le sud de Sakhaline ainsi que l’ensemble des îles Kouriles1. Le 8 août 1945, au lendemain du bombardement atomique d’Hiroshima, et après avoir rompu le pacte de neutralité signé avec Tokyo en 1941, les troupes soviétiques sont entrées en guerre pour bénéficier des clauses secrètes de l’accord de Yalta et se sont emparées des îles Kouriles. En 1951, l’URSS de Staline n’a pas participé à la conférence de San Francisco avec Tokyo et, en dépit du rétablissement des relations diplomatiques et d’une déclaration mettant « fin à l’état de guerre » en 1956 (après la mort de Staline), aucun traité de paix formel n’a été signé. Tokyo réclame la restitution de quatre îles où vivait avant 1945 une population japonaise significative. Un accord avait été annoncé en 1952, portant sur les deux îles les plus proches du territoire japonais, Habomai et Shikotan, après la signature d’un traité de paix. La fin de l’URSS avait également ouvert une fenêtre d’opportunité vite refermée et la question n’est aujourd’hui toujours pas résolue.

Si, au Japon, l’enjeu réel est faible et ne constitue pas un sujet dominant dans l’opinion publique, il demeure au cœur des discours des groupes nationalistes qui refusent d’abandonner toute revendication. Par ailleurs, la solution du problème des Kouriles pourrait avoir un effet négatif sur la gestion des réclamations chinoises en mer de Chine orientale. Du côté russe, en dépit d’espoirs de coopération économique, le refus de céder de nouveaux territoires l’emporte sur la volonté de mettre en œuvre un véritable rapprochement avec Tokyo. L’alliance nippo-américaine et les sanctions contre la Russie, également suivies par le Japon depuis la prise de possession de la Crimée, ne plaident pas en faveur d’une solution rapide.

Si la question des Kouriles ne constitue plus un enjeu stratégique majeur, celle des îles Senkaku, revendiquées par la Chine depuis la fin des années 1970, est l’une des manifestations capitales des tensions entre la Chine et le Japon. Considérées comme terra nullus et intégrées à l’Empire japonais en 1894, quelques mois avant la première guerre sino-japonaise de 1895, le groupe de cinq îles qui composent l’archipel des Senkaku est aujourd’hui inhabité. Pour éviter tout débarquement d’activistes chinois ou japonais, le gouvernement nippon a acheté les îles à leur propriétaire en 2012. Pour Pékin, comme dans le cas de la mer de Chine méridionale, les revendications territoriales sur les Senkaku, plus que l’accès à de nouvelles zones de pêche ou d’exploitation énergétique, sont en réalité un des moyens d’affirmer la puissance de la Chine, en particulier sa puissance navale, pour des raisons de prestige interne. Les incursions de flottilles de bateaux de pêche, de garde-côtes ou plus rarement de la marine chinoise autour des Senkaku sont régulières depuis 2012, l’intensité variant en fonction des priorités stratégiques de Pékin2. En revanche, ces incursions mobilisent les forces japonaises et ont joué un rôle important dans la révision des doctrines de défense de l’archipel, qui se dote de moyens accrus pour lutter contre la possible occupation d’îlots éloignés.

Enfin, un contentieux portant sur deux minuscules îlots, l’archipel des Tokdo (Takeshima ou rochers Liancourt), administré par la Corée du Sud depuis 1953 mais revendiqué par Tokyo, n’est toujours pas résolu non plus et sert aussi de déclencheur ou de borne témoin de nouvelles tensions entre Tokyo et Séoul.

Dans l’ensemble de ces cas, et notamment dans ceux des îles Senkaku et Tokdo, les tensions territoriales sont en réalité une manifestation – plutôt que la cause première – des tensions entre la Chine et le Japon ou entre la Corée et le Japon. Là encore, seule une évolution politique interne de ces deux pays, qui réduirait le recours aux thématiques nationalistes antijaponaises comme facteur de légitimité, permettrait de créer les conditions d’une résolution à long terme des tensions.


1. En 1855, le traité de Shimoda avait accordé au Japon la souveraineté sur les quatre îles de l’archipel les plus proches de Hokkaido, celles qui sont aujourd’hui contestées.

2. En 2019, la Chine, souhaitant apaiser ses relations avec le Japon, pour rompre son isolement face aux États-Unis de Donald Trump, a ralenti le rythme de ses incursions.