L’intérêt du Japon pour l’Afrique est ancien et repose sur plusieurs éléments complémentaires qui ont évolué au cours du temps. L’Afrique a, dès les années 1960, constitué pour le Japon un champ d’application des spécificités de sa stratégie extérieure fondée sur le pacifisme et l’aide au développement. Après l’Asie, et à niveau équivalent, l’Afrique est désormais le deuxième récipiendaire des programmes d’ODA (Official Development Assistance) du Japon. La fin de la guerre froide a marqué une accélération des actions du pays en Afrique. En 1993, la première conférence Tokyo International Conference on African Development (Ticad) a été organisée au Japon, bien avant que la Chine ne lance son propre forum sino-africain. Le but était de favoriser un dialogue de haut niveau réunissant partenaires publics et privés, avec le soutien de l’Organisation des Nations unies (ONU), de la Banque mondiale et de l’Union africaine, pour le développement de l’Afrique. Les Ticad étaient initialement organisées tous les cinq ans au Japon. Depuis 2013, elles ont lieu tous les trois ans alternativement en Afrique et dans l’archipel.

Cette montée en puissance correspond à une volonté accrue du Japon d’apparaître comme un acteur majeur en Afrique, en réponse aux ambitions chinoises dans la région. La Ticad 7, qui s’est tenue à Yokohama au mois d’août 2019, a été l’occasion de réaffirmer les principes fondateurs de l’action du Japon en Afrique, et visant à souligner les différences fondamentales du modèle nippon avec les projets chinois. Pour Tokyo, les principes fondamentaux sont ceux de la sécurité humaine, de la durabilité et de la qualité. Les partenariats public-privé sont également mis en avant avec la création d’un conseil conjoint pour les investissements en Afrique qui a l’ambition d’atteindre un montant d’investissements de 20 milliards de dollars en trois ans, faisant suite aux 30 milliards de dollars mentionnés lors de la précédente Ticad 6.

La société civile est placée au centre des projets de développement qui ont l’ambition de contribuer aux objectifs de stabilisation des zones fragilisées. À ce titre, l’action du Japon en Afrique s’inscrit aussi dans les partenariats stratégiques noués avec l’Union européenne (UE) et la France. Le pays a notamment mis en place un programme de contrôle des groupes armés en Côte d’ivoire. Il participe encore à la formation des unités africaines participant aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Le Japon a également mis en place de nombreux programmes de formation et d’innovation, destinés à soutenir le développement à long terme du continent africain. Dans le domaine des infrastructures, il contribue au désenclavement en développant des réseaux de communication avec le corridor de Nacala ou la construction de ports au Mozambique et à Mombassa.

Mais si le rôle du Japon en Afrique est essentiel en matière d’aide au développement, il souffre de plusieurs limites. Comme pour l’ensemble des pays respectueux d’un système de valeurs démocratique et transparent, les projets nippons peuvent apparaître moins attractifs que les offres chinoises « sans conditions ». Les investissements des entreprises japonaises en Afrique sont passés de 758 millions de dollars en 2000 à 10,4 milliards en 2015. Toutefois, ils demeurent limités et sont essentiellement concentrés dans les secteurs de l’énergie et des minerais. Enfin, en ce qui concerne les échanges, le partenaire principal reste de très loin l’Afrique du Sud, qui absorbe plus du tiers du commerce bilatéral, qui n’a pas dépassé 16 milliards de dollars en 2016 et est peu diversifié1.


1. Le Japon exporte essentiellement des automobiles vers l’Afrique.