Loin de sa traditionnelle prudence sur la scène internationale, le Japon, depuis les années 2000, a considérablement fait évoluer son discours et ses prises de position en faveur d’un engagement encore limité mais beaucoup plus significatif sur la scène internationale. Les artisans de cette évolution sont ceux qui, au sein du cabinet du Premier ministre Abe depuis 2012, ont fait preuve d’une vision nouvelle et ont élaboré des stratégies permettant de renforcer les liens du Japon – et ses capacités d’action – auprès de partenaires diversifiés, au-delà de l’allié américain. Le concept d’Indo-Pacifique libre et ouvert reflète une préoccupation commune à de nombreux acteurs régionaux. La stabilité de la zone dans son ensemble est vitale pour l’Union européenne (UE), comme pour les pays du Pacifique, d’Asie du Sud-Est et de l’océan Indien. Cette stabilité est directement menacée par les projets chinois de Routes de la soie, une stratégie d’influence fondée sur des investissements peu transparents, et par la remise en cause par Pékin du principe de libre circulation sur mer en mer de Chine.

Le concept japonais se fonde sur trois piliers qui sont le respect du droit international, du multilatéralisme et du libre-échange, le développement économique basé sur une meilleure connectivité et des investissements de qualité, et une contribution active à la stabilité de la zone, notamment en matière de construction de capacités dans les pays tiers. Le concept d’Indo-Pacifique libre et ouvert a rencontré l’adhésion de l’ensemble des puissances, en Europe, aux États-Unis, en Inde, et dans les pays d’Asie du Sud-Est et du Pacifique, qui y ont un intérêt direct. Il a permis de renforcer la stature internationale du Japon. Son évolution, toutefois, demeure déterminée par les priorités décidées à Tokyo dans les relations avec la Chine. La bipolarisation des enjeux dans l’ensemble de la zone est en effet un facteur important, dans un jeu d’équilibre entre volonté de tirer parti des opportunités offertes par la Chine, portée par les milieux économiques et la toute-puissante organisation patronale Keidanren, et volonté d’offrir une alternative aux projets chinois de Routes de la soie, renforçant l’attractivité du modèle japonais dans la région et au-delà.