Si la première ambassade du Japon auprès de la Communauté européenne date de 1959, et l’ouverture d’une représentation européenne à Tokyo de 1974, ça n’est qu’en 1991 qu’un premier sommet entre l’Union européenne (UE) et le Japon a eu lieu. Pendant de nombreuses années, les relations se sont cantonnées aux questions commerciales et industrielles, apanage de la Commission et du Miti. En 2001, un plan d’action pour la coopération entre l’UE et le Japon a toutefois été mis en place et les sommets UE-Japon sont devenus annuels, reflétant une convergence croissante d’intérêts, au-delà des enjeux économiques. En 2003, l’archipel a été élevé par l’UE au rang de « partenaire stratégique », reflétant l’ambition de l’UE d’élargir son positionnement asiatique au-delà de la Chine.

Au niveau économique, le Japon et l’UE demeurent des partenaires importants, en dépit de la montée en puissance de la Chine. En 2018, le pays était le deuxième partenaire commercial extra-européen de l’UE derrière la Chine. Les échanges se sont élevés en 2018 à 135 milliards de dollars, avec un déficit limité de 6 milliards en faveur du Japon. Les principales exportations nippones sont l’automobile et les machines-outils, l’Allemagne étant le premier partenaire commercial de Tokyo en Europe. La signature d’un accord de libre-échange en 2018, le Japan-EU Trade Agreement, entré en vigueur en 2019 après plus de sept ans de négociations, a pour ambition de porter les échanges à 400 milliards de dollars en supprimant les droits de douane sur la quasi-totalité des produits. Le Japon est également un important investisseur en Europe, avec un montant cumulé de 256 milliards de dollars en 2018, représentant 33 % du total des FDI (Foreign Direct Investment, investissement direct à l’étranger) japonais dans le monde. La Grande-Bretagne a longtemps été le premier destinataire des investissements nippons en Europe mais, depuis le Brexit, ce montant s’est effondré de 56 % en 20171. En revanche, si les investissements de l’UE au Japon représentent 49,4 % du total, devant les États-Unis (24,4 %) et l’Asie (18,6 %), ils demeurent limités en valeur. Les investissements étrangers au Japon ne représentaient en effet que 5,2 % du produit national brut (PNB) en 2018, le taux le plus bas des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Dans un contexte de remise en cause du multilatéralisme et du libre-échange, par les États-Unis mais également par une Chine qui tente d’imposer ses propres règles, l’UE et le Japon partagent une même analyse et des intérêts communs. Tous deux sont en effet favorables à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UE soutient également l’adoption de nouvelles règles en matière d’économie digitalisée présentées par le Japon au sommet du G20 à Osaka2. Mais l’élément le plus significatif est la signature en 2018 d’un accord de partenariat stratégique qui engage les deux parties. Ce partenariat est fondé sur le partage de valeurs telles que la démocratie, les droits de l’homme, la transparence de la gouvernance, l’économie de marché et le non-recours à la force. Le rappel de ces valeurs reflète aussi une même préoccupation face aux ambitions chinoises d’imposer ses propres normes au système international. Il correspond à une évolution en Europe, avec une priorité plus grande accordée aux questions de défense et de sécurité, et dans l’archipel, avec l’adoption de nouvelles lois de défense depuis 2014, concernant les questions de sécurité3. Pour les deux soft power que sont l’UE et le Japon, l’évolution du contexte international a favorisé une même prise de conscience et une même volonté de rapprochement sur des sujets longtemps absents de leurs prérogatives.


1. Après un pic en 2016 à 69 milliards de dollars, l’effondrement des investissements japonais en Grande-Bretagne explique la chute de 17,5 % des investissements nippons dans l’ensemble de l’UE en 2017.

2. Un document commun, le Osaka Track, a été signé à l’occasion du G20 qui s’est tenu à Osaka au mois de juin 2019.