Si l’économie japonaise est perçue comme stagnante, surtout comparée à celle de son voisin chinois, le poids financier du Japon sur la scène internationale demeure considérable, même si le pays n’était en 2019 qu’au sixième rang des investisseurs extérieurs dans le monde. Dans les instances multilatérales qui régulent le système financier international, le Japon est membre du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale depuis 1952. Symbole de sa renaissance d’après guerre, Tokyo a accueilli la réunion annuelle des gouverneurs de la Banque mondiale en 1964 et, depuis 1966, le Japon ne fait plus partie des pays emprunteurs. Avec l’émergence de la Chine, de nouvelles répartitions des quotas et des droits de vote ont été mises en place à la Banque mondiale comme au FMI. Au-delà des enjeux financiers, il s’agissait surtout pour Pékin d’étayer son image de superpuissance mondiale1. La rivalité entre la Chine et le Japon s’exprime aussi dans les grandes instances financières internationales.

Au FMI, le quota de participation du Japon (6,48 %) est encore légèrement supérieur à celui de la Chine (6,41 %), de même que les droits de vote2. L’augmentation de la part de la Chine avait été présentée par Pékin comme une avancée symbolique importante dans le prolongement de la crise financière de 2008. Mais c’est le Japon qui a pu, en prêtant 100 milliards de dollars au FMI en 2008 (pris sur ses propres réserves de change), contribuer pour une large part au sauvetage du système financier international3. À la Banque mondiale, chargée des questions de développement, le Japon, avec un droit de vote représentant 8,3 % du total, demeure la deuxième puissance derrière les États-Unis, loin devant la Chine (4,59 %). Il en va de même à la Banque asiatique de développement (BAD), dont le Japon est membre fondateur et président depuis 1966. La part du Japon représentait, en 2018, 15,6 % des fonds et celle de la Chine, 6,4 %. Surtout, lors de la réunion des gouverneurs qui s’est tenue la même année, le ministre des Finances Taro Aso a suggéré que la Chine ne fasse plus partie des pays emprunteurs. En 2018 la Chine accumule en effet 12 % du total des prêts offerts par la BAD, tout en développant sa propre stratégie de crédits, souvent non performants, pour des raisons stratégiques dans le cadre des projets de Routes de la soie.

Dans sa rivalité avec Pékin, Tokyo se positionne, comme les autres grandes démocraties occidentales et l’Inde, sur la question des valeurs, de la transparence et de la qualité, au nom d’une aide au développement durable. Enfin, le Japon demeure le deuxième détenteur de bons du Trésor américain, derrière la Chine. En 2018, le Japon en détenait 4,9 % et la Chine, 5,6 %. La part du Japon a légèrement diminué au profit de placements plus rentables aux États-Unis4.


1. Voir Valérie Niquet, La Puissance chinoise en 100 questions, op. cit.

2. Pour une population plus de dix fois moins importante.

3. Yoko Nishikawa, « Japan to Offer IMF up to 100 Billions from FX Reserves », Reuters, 23 novembre 2008.

4. Loin d’être dépendants de la Chine ou du Japon, les bons du Trésor sont en réalité détenus à près de 80 % par les États-Unis eux-mêmes.