Revenu au pouvoir en 2012, le Premier ministre Abe s’est donné pour mission de relancer l’économie, après plusieurs années de stagnation. Le principe de ce plan de relance massif, lancé en 2018 et baptisé Abenomics, était de redynamiser l’économie et de projeter la société japonaise vers le futur. Il faut, pour le Premier ministre, démontrer qu’une société vieillissante peut aussi être une société innovante. Pour Shinzo Abe et ses conseillers, le pouvoir politique avait donc pour mission d’imposer aux entreprises, à la société et à la bureaucratie toute-puissante les réformes destinées à briser les rigidités du système et à l’ouvrir à de nouvelles ressources humaines, dont celle des femmes.

Les Abenomics sont constituées de trois « flèches ». La première consiste en une politique monétaire offensive, le but étant de relancer l’inflation alors que les prix – et les salaires – stagnent depuis plusieurs décennies. La deuxième flèche est une politique fiscale favorable aux entreprises, destinée à favoriser l’innovation. Le taux d’imposition des entreprises doit ainsi passer de 37 à 30 % en 2020, avec un taux moins élevé de 25 % pour les entreprises qui augmentent les salaires et leurs investissements, et de 20 % pour celles qui choisissent l’innovation. La troisième flèche est celle de la stratégie de croissance destinée à favoriser la recherche et l’innovation – pour répondre notamment aux défis du vieillissement de la population –, à renforcer la productivité et à opérer une « révolution » dans les ressources humaines en intégrant notamment plus de femmes à des postes permanents qualifiés. 77 % des femmes japonaises ont en effet un travail, mais à des postes très majoritairement subalternes ou précaires. L’accent est également mis sur l’éducation, la formation permanente et les mesures destinées à faciliter le partage du travail et de la vie de famille. Dans le secteur de l’emploi, le fossé entre travailleur régulier et travailleurs « irréguliers » en termes de salaires doit en théorie être comblé. Pour favoriser les start-up, le système de recrutement groupé, une fois par an, des jeunes sortis de l’université, est remis en cause. Une série de simplifications réglementaires, notamment en matière de gouvernance des entreprises, est également destinée à encourager les investissements extérieurs vers le Japon.

Les Abenomics ont eu un effet positif sur l’économie et la réforme de certaines pratiques. De 2013 à 2018, le taux de croissance a été en moyenne de 1,2 %. Mais plusieurs blocages n’ont pas été résolus. Ainsi, la croissance s’est maintenue, cependant elle demeure faible et a eu tendance à ralentir en 2018. Les bons chiffres sont liés au maintien de la demande aux États-Unis et en Chine, respectivement premier et deuxième partenaires commerciaux du Japon, et plus encore au dynamisme du marché intérieur en 2019. Toutefois, l’inflation n’a pas atteint le seuil de 2 % fixé par le gouvernement et les entreprises n’ont pas – en dépit des incitations fortes qu’elles ont reçues – augmenté de 3 % la masse salariale, préférant jouer sur les bonus annuels. Surtout, si Abe a la capacité de s’imposer, notamment en concentrant plus de pouvoirs au sein de son cabinet, il n’est pas certain qu’il en soit de même de ses successeurs, soumis aux initiatives des grands ministères et à l’influence de groupes d’intérêt sectoriels ou régionaux.